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12/10/2015

Dire l'innomable

Adaptation du texte de Beckett par les diseurs de la ville-evrard...

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flyer innomable.pdf

 

un montage de la pièce non remasterisé, dans une premoière version :
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15/01/2015

SUIS-JE CHARLIE?

 

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La mygale des souterrains a amené à mes oreilles une question dont j’imagine qu’elle est omise dans l’analyse des tristes évènements : c’est la question du blasphème.

 

Si cette question nous semble centrale, c’est qu’elle n’est seulement le point où les faibles agresseurs avaient trouvé un mortel reproche à faire à Charlie, mais c’est aussi et encore le point aveugle des deux parties dans les discussions islamophobes qui ont cours. En effet, dans le détournement – assez prévisible – de cet évènement, tel journaliste interviewera Mouloud, lycéen de 17 ans, ne gardant de l’interview que « je n’aime pas qu’on caricature le prophète ». Francis au fond de sa campagne interprètera avec les faibles moyens culturels dont la société consumériste l’a doté, et ira voter FN.

 

Un peu de haine en plus.

D’où la parenthèse.

S’en suivent deux propositions d’interrogations :

1. Qu’est-ce que le blasphème ?

2. Peut-on juger la foi d’autrui, sonder les cœurs, savoir faire justice à Dieu avec sa petite conscience d’’être humain ?

 

1. Le blasphème est l’insulte nominative faite à Dieu. Suivant le vécu qui y est associé, il peut contredire les 3 premiers des 10  commandements (Ex20) auxquels se réfèrent les 3 monothéismes, concernant l’image de Dieu, son respect, et le « tu ne prononceras pas le dieu en vain ». C’est d’ailleurs le 3ème qui nous semble déterminant dans la foi. Je vous prie de le garder au cœur pour le 2. . Il est à noter que de savoir qui est représenté sur ces dessins (le prophète, dieu, quelqu’un qui vient d’ailleurs) peut être interrrogé, mais que c’est une visée désacralisante, détournée, corrosive pour la foi qui a été attaquée. Une question se pose alors : Dieu aime-t-il l’humour ? Question insensée à écrire si toi, lecteur, tu vis que dieu est mort… Mais les voies du seigneur sont impénétrables : qui sait si Cabu ou Charb n’ont pas recherché à détruire les images massifiantes d’un dieu peut-être pas fait pour asservir ? Peut-être s’entretient-il en ces termes avec saint-pierre qui l’interroge sur « ce qu’il a fait de son désir ? » Qui sait si saint Cabu aura sa place parmui les anges comme il l’ eut à titre posthume – le pauvre ! – parmi les gagnants du spectacle reignant sur nos bas fonds ?

 

2. (Gn22) Abraham vécu dans la crainte et le tremblement l’épreuve qu’est la vie dans la solitude du jugement de chacun.

 

Mais l’ennui nous gagne à lire ces lignes. Retournons nous divertir sous la lune pâle.

 

24/10/2014

Procès de l’humanité au lac, accusée d’esclavagisme

J’écris ici en tant que l’un des concepteurs de ce dispositif, ainsi que l’un de ses acteurs principaux. Appelé par le lac, au nom de l’univers, à être procureur, j’ai procédé à cette accusation.

Le dispositif est des plus sérieux, même si ça peut sembler présomptueux. Il a s’agit, en la place prétendue libre du lac ( https://www.facebook.com/pages/Le-Lac/1516123585267493 ), en la commune non libre de Molenbeeck, proche de Bruxelles, de réunir une assemblée publique afin d’effectuer ce jugement le mercredi 22 octobre 2014, de 19h à 22h.

 

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En haut de ses bottes de paille, son déshonneur, travestie et poussiéreuse, menait d’une main de fer (pour ne pas dire dictatoriale) le déroulement du procès. Les deux parties en présence étaient représentées par Maitre Vincent et moi-même, Vincent ayant été appelé comme avocat de la défense. Un jury composé de personnes du signe astrologique de la balance s’est constitué, avec l’astrologue Michael Mendel comme porte parole. Procédait également du dispositif l’huissier et son assistante, qui menaient ou projetaient les pièces à conviction et amenaient les œuvres sur lesquelles les témoins prêtaient serment. En effet, les séances mensuelles du lac sont l’occasion d’une exposition d’œuvre (généralement d’art plastique). Ici le mot exposition était à entendre au sens large, les œuvres étaient intégrées au fur et à mesure dans le dispositif architectural plutôt qu’attachées à des places sédimentées au sein du système des galeries marchandes d’art comme « objets d’exposition ». Celles-ci pesaient dans un cadi, plateau d’une balance géante face auquel, sur l’autre plateau, devaient s’entasser les bouteilles vides sur une palette – pour dire la manière dont peut être pesé l’art…

Autre élément du dispositif, le greffier Pelouse remplacé à la fin par Céline notait, et également aux balances des micros Etienne (assisté de Sammy), membre éminent de la tendre émeute, qui faisait un soutien au clavier particulièrement sensible à l’ambiance. Ce dernier élément, que j’ai trouvé particulièrement réussi, me semble d’une importance majeure car ce dispositif d’art total réalise une tentative dont nous sommes nombreux à souhaiter qu’elle se développe, où art plastique et art de scène sont intégrés dans l’évènement, et où cet évènement est avant tout pensé comme possibilisation de la rencontre, par la série de décalages qu’il opère vis-à-vis des codes sociaux habituels. La tendre émeute, dont plusieurs membres travaillent au lac, se développe déjà dans cette direction de négation de l’art au profit de la vie et par l’art, avec une orientation nette vers la musique. L’expérience du jugement montre l’avancée possible des entrecroisements vers un théâtre de la cruauté.

 

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Pour finir sur ce dispositif, il faudrait insister sur l’importance de la façon de tenir le bar, l’entrée, les lumières, la communication qui vise à faire venir les gens à la soirée, la façon dont les gens s’adressent les uns aux autres, etc… il faut aussi noter, au sein de l’évènement, ce qui fait évènement, c'est-à-dire l’intensité des témoignages, et les pièces à conviction qu’on constituées deux chansons chantées par l’huissier, ou la danse de l’un des témoins appelé par la défense.

Concernant l’objet du procès, j’ai insisté plus haut pour dire que Vincent et moi l’avons pris très au sérieux, et que nos interventions étaient sincères et cohérentes à notre éthique. Je crois pouvoir dire que nous avons en réalité des visions de la politique et de l’humain assez proches - que quiconque sait lire pourra voir dans ces quelques lignes. Pour augmenter la prise de conscience et l’engagement de chacun dans ses choix, nous avons proposé un antagonisme quelque peu factice, où j’adoptais une position critique à l’encontre du totalitarisme et des idéologies, tandis que Vincent soulignait la douceur et la créativité de l’être humain. Ces deux positions sont les deux faces d’une pièce faite d’un seul métal : la liberté. Et c’est la seule question que nous avons posé, et d’une manière qui nous a semblé plus vivante et créative qu’une sorte de débat. En effet, au sein d’un débat, en 2014, après les développements qu’ont jusqu’ici connu la pensé, je crains quelque peu que peu de vie émerge, écrasée sous des lieux communs.

Le mensonge de cette opposition a quelques défauts. Tout d’abord parce que le mensonge entraine le mensonge, et que Moi et Vincent nous sommes laissés entrainer, l’alcool et la volonté de gagner aidant, par une guerre d’opinion.

 

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Je m’attendais à une attaque en règle par l’art d’avoir toujours raison, selon la dialectique éristique. Ça a en fait été une guerre de séduction de la salle. Nous avions prévu bien plus d’arguments et de pièces à conviction que nous n’en avons présentés. J’avais prévu toute une rhétorique sur la guerre d’Espagne, la peur que l’homme a de la liberté, l’échec des révolutions et les possibilités offertes par le mouvement archo-autonome et de la révolution moléculaire. Un pamphlet en faveur de la singularité que peu ont compris, et sur lequel Vincent a empiété de façon importante. Mais peu importe. Nous n’avons pas été invités à occuper ces places pour délivrer nos opinions – pour faire une conférence amusante et intéressante – mais pour engager les gens face à la liberté – la leur. Et là se situe un des paradoxes limitant du dispositif : le jeu d’opposition et le cérémonial du tribunal sont stimulants, mais l’incompréhension des élaborations intellectuelles au sein d’un groupe et la guerre d’opinion qui nait empêche toute avancée significative sur le plan formel des idées. Je parle ici du fait que la discussion puisse aboutir quelque part, car les esprits, en revenche, cheminent. Idées comprises par chacun et extention de la possibilité de pouvoir croissent en chacun (et non dans tous), puisque tout le dispositif indique que les barrières ne sont pas là où on les situe.

Les opinions ont la tête dure. Les comportements aussi. Mais nous apprenons la liberté en nous mettant en jeu face aux autres, ensemble, dans notre parole et notre corps, en constatant par l’expérience la réalité des difficultés du chemin – la médiocrité de ce qui nous arrête. Mais dans un grand rire, ce partage produit une force qui nous agit, nous donne envie de poursuivre, d’essayer encore

Le verdict fut formel. Les deux parties s’y reconnurent : l’Humanité est coupable d’esclavagisme. Elle est condamnée à l’anéantissement total mais possède un sursis.

 

Réf : Debord, Artaud, Daumal, Schopenhauer, Chris Marker, Tiqqun, Guattari